24 avril 2019

 

Oumuamua n'aurait pas été le premier objet interstellaire détecté dans notre Système solaire

 
Contrairement à ce que l'on pensait, Oumuamua n'aurait pas été le premier objet d'origine interstellaire détecté dans notre Système solaire. Une météorite, qui s'est désintégrée dans l'atmosphère en 2014, pourrait lui ravir la première place.

Depuis la découverte d'Oumuamua et de sa trajectoire étrange démontrant que cet objet de quelque 800 mètres de long ne pouvait provenir que de l'extérieur de notre Système solaire, les astronomes avaient estimé que ce type d'évènement ne devait pas être exceptionnel. Aussi, l'astrophysicien américano-israélien Avi Loeb et le doctorant Amir Siraj, tous deux de l'Université de Harvard, ont-ils entrepris de parcourir les caractéristiques et trajectoires d'un grand nombre de météorites ayant brûlé dans l'atmosphère terrestre et reprises dans un catalogue de la NASA, dans le but d'y déceler des trajectoires "atypiques".
 

 

 
Image d'illustration d'une météorite se consumant dans l'atmosphère terrestre.
 
Et bingo ! Les deux scientifiques ont identifié un objet dont la dimension avait été estimée à quelque 0,9 mètre, qui s'est désintégré en janvier 2014 dans l'atmosphère au-dessus du Pacifique Sud, au large de la côte nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le météore s'était approché du soleil à une vitesse de 60 kilomètres par seconde, suggérant qu'il n'était pas soumis aux forces de gravitation de notre étoile mais provenait vraisemblablement d'un autre système planétaire, quelque part dans la Voie Lactée.

Une telle origine pourrait suggérer que cet objet proviendrait de la zone habitable d'une autre étoile, soit la région où les températures de surface d'une planète sont propices à la présence d'eau liquide et peut-être de la vie, du moins telle que nous la connaissons. Et si même cela n'était pas le cas dans ces évènement précis, cela reste une possibilité, qui pourrait se transformer en probabilité statistique si l'on considère le nombre de systèmes planétaires devant entourer les quelque 100 à 130 milliards d'étoiles composant notre galaxie… "Si un objet interstellaire provient d'un autre système planétaire, il peut apporter de la vie au système solaire de l'extérieur", explique Loeb.

Cet objet était si petit qu'il a brûlé dans l'atmosphère terrestre et n'a donc pas pu transmettre de microbes à la surface de la Terre, a déclaré l'équipe. Mais comme le duo n'a trouvé qu'un seul météore interstellaire dans une base de données couvrant plusieurs décennies, Loeb et Siraj estiment que la Terre pourrait en être touchée tous les dix ans. Cela signifierait qu'environ 450 millions de météores interstellaires pourraient avoir frappé la Terre au cours de son histoire d'environ 4,5 milliards d'années. La vie n'a pas besoin d'être "ensemencée" toutes les décennies, elle n'a besoin de ce "coup de pouce" qu'une fois tous les quelques milliards d'années, explique en substance Loeb.

Si les scientifiques pouvaient identifier l'un de ces visiteurs avant qu'il ne pénètre dans l'atmosphère terrestre, ils pourraient en comprendre la composition en étudiant le spectre lumineux du météore pendant sa rentrée dans l'atmosphère. "Rétrospectivement, il est évident que cela devrait être un très bon moyen de trouver un objet interstellaire et d'apprendre à connaître sa composition", a déclaré Loeb.

Jean Etienne

Sources principales :

Discovery of a Meteor of Interstellar Origin. Earth and Planetary Astrophysics, ArXiv, 15 avril 2019.
Télécharger la publication originale.

 
 

 
Oumuamua, l'astéroïde interstellaire (vue d'artiste).
 

 

 
 
 

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