9 novembre 2016

 

La Nasa exprime de vives inquiétudes face aux futurs vols habités de SpaceX

 
Alors que le PDG de SpaceX affirme avoir identifié la cause de l'explosion de la fusée Falcon 9 le 1er septembre dernier et avoir résolu le problème, la Nasa se déclare très préoccupée par la sécurité de la stratégie de ravitaillement de cette firme privée.

Elon Musk, le bouillant PDG de SpaceX, a récemment publié un communiqué officiel affirmant avoir identifié la cause de l'explosion de son lanceur il y a deux mois, mentionnant au passage qu'il s'agissait du "casse-tête le plus ardu" auquel il avait été confronté, et annonçant dans la foulée la reprise des vols à la mi-décembre.

Comme un petit doute…

Lors d'une interview devant les caméras de la chaîne de télévision américaine CNBC, Elon Musk a annoncé que la cause de l'explosion " implique fondamentalement l'hélium liquide, les composites avancés de fibre de carbone et l'oxygène solide. L'oxygène est si froid qu'il entre en phase solide", explique-t-il.

Et qu'est-ce que cela implique ? Il faut ici préciser que pour optimiser le rendement de ses lanceurs, SpaceX utilise de l'oxygène non seulement liquide, mais en état de "surfusion", c'est-à-dire amené à une température proche de la solidification. Ce procédé, beaucoup plus délicat à mettre en œuvre, amène en effet l'oxygène à occuper encore moins de place dans les réservoirs, autrement dit à en entreposer une plus grande quantité dans un volume donné. Car en effet, le souci de l'entreprise de vouloir récupérer les étages après leur utilisation exige une quantité d'ergols supplémentaire utilisée lors du retour.

Seulement voilà, une telle technologie est entièrement novatrice, tellement novatrice d'ailleurs que même la Nasa ne l'a pas encore expérimentée à ce jour… Et lors du dernier lancement, l'oxygène en surfusion aurait légèrement dépassé un point critique, et se serait tout simplement solidifié. Ce qui n'était évidemment pas censé arriver…

Les experts ayant examiné le problème ont estimé que cet oxygène solide aurait pu entrer violemment en contact avec un des trois réservoirs d'hélium liquide qui se trouvent à l'intérieur même du réservoir d'oxygène, et qui sont chargés de remplir et pressuriser l'espace vide lorsque le gaz s'échappe en direction des chambres de combustion. Or, ces trois réservoirs "secondaires" sont construits en fibres de carbone, un matériau susceptible de réagir avec l'oxygène solide en entraînant une explosion.

Mais un problème reste… Car SpaceX refuse toujours, à l'heure actuelle, d'apporter des précisions supplémentaires sur la déclaration d'Elon Musk sur CNBC. Et de plus, ce qui n'est pas le moins important, on ne sait toujours pas ce qui aurait pu provoquer la formation d'oxygène solide, alors que de nombreux capteurs de température sont en place.

En tout état de cause, SpaceX affirme pouvoir reprendre son programme de vols d'ici décembre 2016, en améliorant le processus de chargement de l'hélium de sorte que cet accident ne se reproduise pas.

La Nasa doute…

Car au-delà des simples vols de ravitaillement de la Station Spatiale Internationale (ISS), l'agence américaine entend aussi confier à SpaceX l'envoi d'astronautes. Or, une note de 2015 démontre que les scientifiques en charge de la station sont très préoccupés par la sécurité de la stratégie de ravitaillement de SpaceX.

En effet, l'architecture même des lanceurs Falcon 9 exige qu'elles soient ravitaillées en oxygène surfondu seulement 30 minutes avant la mise à feu, car une température aussi basse est difficile, voire impossible, à être maintenue plus longtemps. Or, à ce moment, l'équipage est déjà à bord, une pratique qui va à l'encontre des standards de sécurité.

Pourtant, SpaceX affirme avoir travaillé avec la Nasa sur une analyse détaillée de chaque risque potentiel dégagé durant les 18 derniers mois, et dont les procédures de sécurité ont été approuvées par un Conseil de sécurité de l'Agence américaine en juillet dernier. Elon Musk admet cependant qu'il reste beaucoup de travail à faire pour démontrer que ces procédures sont en place, et que certaines restent à ajuster si nécessaire suite à l'accident de septembre dernier.

Néanmoins, ces constatations et avis montrent que la Nasa émet des doutes sérieux quant à la capacité de SpaceX d'acheminer des astronautes vers la Station Spatiale Internationale, celle-ci devant avoir encore avoir effectué un nombre conséquent de missions en toute sécurité, et surtout avoir démontré la fiabilité de ses lanceurs.

Jean Etienne

 

 

 
L'explosion du lanceur Falcon 9 en cours de ravitaillement, le 1er septembre dernier.
 

 

 
 
 

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